Notre bilan un an après l'ouverture des Reflets Roz
19 juillet 2025, premiers hôtes et première chambre. Un an plus tard, quatre chambres, 520 hôtes et un dôme.
Ce jour-là, on était partis au cinéma avec les enfants. À mi-chemin, un message Airbnb tombe : « Bonjour, on arrive dans 15 minutes. » Demi-tour, retour à la maison en vitesse pour préparer leur arrivée en catastrophe. C’est comme ça que tout a commencé.
Un an après, j’avais envie de faire le point. Me poser un peu, regarder en arrière et prendre le temps de mesurer ce qu’on a accompli, mais aussi de voir ce qu’il faut changer.
Un an aux Reflets Roz, en quelques repères
Pour ceux qui ne nous connaissent pas, Les Reflets Roz est une maison d’hôtes située à Plœuc-l’Hermitage, dans les Côtes-d’Armor, sur un domaine de 4,4 hectares classé refuge LPO, avec un étang. Voici quelques chiffres pour vous résumer notre première année :
- 520 personnes accueillies, sur 276 séjours
- Quatre chambres ouvertes au fil de l’année : Le Refuge le 19 juillet 2025, Le Nid fin août, L’Empire des Songes fin décembre, La Nosmélie début août 2026
- Ouvert toute l’année, avec 12 jours de fermeture au total
- Plus de 220 avis déposés, toutes plateformes confondues
- 108 paniers repas préparés, dont 32 sur le seul mois d’août
- Une première table d’hôtes, en août 2026
J’ai passé du temps à choisir le nom de chaque chambre, mais le plus improbable reste celui de la dernière, La Nosmélie. Ce nom-là, c’est notre fille Jeanne qui l’a trouvé sans le vouloir. Régulièrement, elle nous apprend de nouveaux mots qu’on ne connaît pas. Un soir à table, elle nous parle de « nosmélie », un néologisme inventé par Loupiote Créatrice : l’inverse de la nostalgie, la chaleur d’un souvenir heureux sans le chagrin qui va avec. On tournait autour d’un nom depuis quelques jours sans rien trouver. Là, j’ai su tout de suite. Il n’y a pas de coïncidence.




Ce qu’on a appris
Quand on construit quelque chose de cette ampleur, on doute en permanence. On passe des mois à imaginer une déco, une ambiance, un enchaînement de sensations, et jusqu’au bout on ignore si ça parlera à quelqu’un d’autre qu’à soi. C’est la question qui m’a le plus travaillé, et c’est celle à laquelle l’année a répondu en premier : ça fonctionne. Le détail que Céline a mis trois semaines à choisir, les matériaux utilisés, les objets chinés, la vue sur l’étang depuis le bain nordique, tout ça les gens le voient et ils nous le disent. Et le plus important, c’est qu’ils comprennent ce qu’on a essayé de faire et y adhèrent. À de très rares exceptions près, ceux qui viennent aux Reflets Roz ne cherchent pas une chambre pour la nuit, ils viennent pour le lieu, pour l’expérience. C’est le vrai apprentissage de l’année, et sûrement l’une des plus grandes réussites.
Ce que je n’avais pas prévu, en revanche, c’est où ça se joue. Pas à l’arrivée, pas dans la chambre : au petit-déjeuner. Je reste avec les hôtes pendant tout le petit-déjeuner et on parle du projet, des travaux, de notre ancienne vie, de ce qu’il y a à voir dans le coin et d’où aller manger. Une heure passe sans qu’on la voie. Je me demande s’il y a beaucoup de maisons où l’hôte reste toute la durée du petit-déjeuner à table avec ses invités, mais je suis convaincu que c’est là que nait la différence. Ça a une conséquence très concrète : je me souviens de beaucoup de gens qui ne sont pourtant restés qu’une seule nuit.
Ces gens-là, d’ailleurs, ne sont pas ceux que j’attendais. Je m’imaginais des Parisiens en week-end alors que nos hôtes sont majoritairement bretons. Je n’ai pas de statistique précise, mais à vue de nez c’est 80 à 90 %, et avec un peu de recul c’est assez logique : on est au centre de la Bretagne, à une heure et quart ou une heure et demie maximum de presque partout, un peu plus pour Brest. Le reste vient de plus loin, d’Italie, de Belgique, des Pays-Bas, d’Angleterre, de Suisse, et jusqu’à Hawaï pour le record.
L’autre bonne surprise, c’est qu’il y a du monde presque toute l’année. La période d’octobre à janvier a été meilleure que je ne l’espérais. Le vrai creux tient en deux mois, février et mars. Et je n’y croyais pas assez pour le dire à voix haute avant de l’avoir vérifié, mais on a atteint l’équilibre qu’on s’était fixé dès la première année. Une excellente nouvelle.
Le reste de ce que j’ai appris est plus terre à terre. Le bois, par exemple, que j’avais complètement sous-estimé : l’abattage, le fendage, le rangement, et l’allumage du bain nordique qui prend un temps fou en hiver. C’est un métier à l’intérieur du métier, et il ne se voit nulle part. Je sais aussi maintenant que quatre chambres, c’est ma limite en étant seul. Au-delà, il faudra déléguer, et le ménage passera certainement en premier.
Reste la question que beaucoup me posent : est-ce que je regrette mon ancienne vie ? Pas une seconde. Pas une fois en cinq ans de projet je n’ai voulu faire marche arrière, quelles que soient les difficultés rencontrées : l’argent, la fatigue, l’impact sur la vie de famille ou de couple.
Ça ne veut pas dire que tout le monde y trouve son compte de la même façon. Les enfants, eux, aiment moins devoir faire attention en permanence dès qu’il y a du monde à la maison. Et une année entière sans vacances, c’est du temps ensemble qu’on ne rattrapera pas. Ce sont des concessions qui ne sont pas toujours faciles à accepter, mais un tel changement n’est jamais simple.
En tout cas, au final on est bien mieux ici, plus heureux, plus sereins et plus en accord avec nos valeurs. Cette histoire-là, je la raconte en entier ici.
Août 2026, le mois qui m’a montré ma limite
Le rythme de l’année correspond à peu près à ce que j’avais imaginé. Sauf août.
56 réservations, 92 nuitées, 111 personnes sur un seul mois et 32 paniers repas à préparer. Du monde tous les jours, et jusqu’à quatre arrivées le même jour, ce qui veut dire quatre chambres à nettoyer.
Mais la vraie difficulté de cet été, c’est tout ce qui s’est ajouté à l’accueil : finir La Nosmélie, construire le dôme pour qu’il soit prêt à la rentrée, et beaucoup plus de paniers repas que prévu. Enchaîner les petits-déjeuners, les accueils, le ménage et les paniers, avec un chantier en parallèle, ça m’a essoré. Mais aujourd’hui, fin août, la pleine saison est terminée, les urgences sont toutes derrière moi et je peux souffler.
Promis, l’année prochaine, je ne prévois aucuns travaux pendant l’été !


Ce qu’on a changé
Rien n’a été arrêté d’un coup, mais l’année a corrigé pas mal de choses, presque toujours dans le même sens : ce que j’avais prévu sur le papier ne fonctionnait pas dans la pratique.
Le panier repas en est le meilleur exemple. Au départ je voulais tout acheter, ça me paraissait plus raisonnable. Je n’ai rien trouvé qui soit à la fois végétarien, bon et capable de se conserver. Alors je le fais entièrement moi-même, et celui d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celui du début. La bonne nouvelle, c’est qu’il plaît vraiment.
Les horaires du petit-déjeuner ont bougé aussi : le créneau a été réduit à 8h30-9h30, au lieu de 10h. Entre le service et l’heure de discussion qui suit, la matinée y passait entièrement et le ménage démarrait trop tard. Le brunch, lui, ne survivra probablement pas : servi à 11h, en plein démarrage du ménage, il me mange la matinée pour trop peu de demande. Je vais l’arrêter.
Le changement le plus contre-intuitif, c’est le sauna, que j’ai rendu payant. Quand il était inclus, les gens le demandaient systématiquement puis ne l’utilisaient pas, ou à peine : arrivée en retard, envie d’aller marcher à la place. Je chauffais pour rien, du bois et du temps de gâchés. Le mettre en option, pas cher mais assez pour engager, a tout réglé. Je ne le chauffe plus que pour ceux qui le veulent vraiment.


Ce qu’on a raté
Il y a aussi ce qui n’a pas marché du tout.
Les chiliennes, d’abord. Céline en avait chiné deux, entièrement retapées. On avait acheté le tissu, elle l’avait brodé au logo des Reflets Roz. Pierre, notre fils, avait tout poncé, verni. Bref, elles étaient magnifiques. Les deux ont cassé au bout de deux ou trois utilisations : le bois était vermoulu à l’intérieur, sans que rien ne se voie. Des heures de travail pour rien. C’est le genre de raté qui fait un peu mal.
L’Apéroz ensuite, notre planche apéritive, qui ne prend pas du tout. Les gens choisissent un panier repas, apportent leur dîner ou vont au restaurant, mais ils ne s’installent pas dans le jardin pour un apéro. Je vais l’arrêter.
Et puis la première table d’hôtes, en août. Six convives, plus Céline, Pierre et moi. Kir breton et tartinades en apéritif, velouté de petits pois à la menthe, gnocchis maison avec une sauce tomate aux aubergines rôties, flan pâtissier avec un insert de pommes façon tatin. Les gens étaient ravis, mais je ne referai pas comme ça. Le menu était trop ambitieux : deux après-midi de préparation, entrecoupés du ménage, des paniers et des accueils. En août, je n’ai pas le temps de tenir une table d’hôtes. Hors saison, je ne suis pas sûr de réunir assez de monde. Il va falloir que je simplifie, et le vrai problème, c’est que je veux tout faire maison. C’est ce qui prend le temps, mais c’est aussi ce à quoi je ne renoncerai pas. Il va falloir trouver un équilibre qui tient.


Ce qu’on a gardé
Ce qui n’a pas bougé, ce sont les partis pris. Le végétarien était le plus risqué de tous, et c’est celui qui s’est révélé le plus positif. Ceux qui mangent de la viande ne sont pas gênés de s’en passer le temps d’un repas, et si c’est le cas ils vont au restaurant. Les végétariens, eux, viennent en partie pour ça. C’était loin d’être gagné quand j’ai pris la décision.
L’ouverture toute l’année, on la garde aussi, mais différemment. C’était un choix assumé, pour tester le marché, comprendre la saisonnalité, et accessoirement faire rentrer de l’argent. Ça a été difficile : cinq jours à Noël pour faire le tour de la famille entre Pont-à-Mousson et la Normandie, ce qui n’est pas exactement du repos, et une semaine au Mont-Dore en février parce que Pierre y avait décroché un stage à l’ESF. Celle-là, entre les raquettes et les balades, a fait un bien fou. Douze jours en un an. On reste ouverts toute l’année, mais je prendrai plus de vacances.
Le dernier point, c’est le temps passé avec les hôtes, et celui-là je ne le changerai jamais. C’est ce qui m’a permis de croiser en un an un cascadeur, une avocate au barreau de New York, quelqu’un qui travaille dans les pompes funèbres, une femme de la marine nationale, un auteur de scénarios de jeux de rôle, des agriculteurs passionnés. Bref, plein de gens différents, des couples de vingt ans jusqu’aux retraités. Je n’avais pas anticipé cette diversité, ni toutes ces discussions du matin. C’est l’un des vrais luxes de ce métier.
Et après
Le plus urgent aujourd’hui, c’est de m’occuper des deux pignons de la maison, qui prennent l’eau en cas de grosse pluie. Je vais attaquer les joints très prochainement, car il faut finir avant la saison des pluies. Forcément.
Le Dôme Sweet Dôme a ouvert cette semaine. On l’a monté surtout en août, un peu en juillet. Céline l’a inauguré pour ses cours ce week-end, et deux écoles du coin nous ont déjà demandé de privatiser le domaine pour leur prérentrée : Céline leur a proposé des séances de yoga et de bain sonore, et ça s’est très bien passé. Il me reste le poêle et l’électricité à installer, puis l’offre de séjours de groupe sortira en septembre. Les premiers stages, eux, ne seront sans doute pas là avant l’an prochain.
Et après, le gîte probablement. Mais c’est encore une autre histoire, qu’on n’écrira sûrement pas avant 2027.
La seule chose dont je suis certain pour la suite, c’est qu’il y aura des vacances. :oD
Si l’envie vous prend de venir découvrir tout ça de vos yeux, de voir le projet évoluer mois après mois, n’hésitez pas à venir nous rendre visite.



