Les Reflets Roz, refuge LPO — ce que ça veut dire vraiment
Il y a une phrase que je me surprends à dire souvent, surtout le soir quand je me promène au bord de l’étang : ce terrain ne nous appartient pas vraiment. Pas dans le sens légal du terme bien sûr, mais dans le sens où lorsque nous sommes arrivés ici, quelque chose vivait déjà là, bien avant nous. On s’est installés dans leur territoire. À l’occasion, ils nous accueillent.
Ce qu’on a trouvé en arrivant
Quand on a commencé les travaux, on avait la tête ailleurs — les murs à abattre, le budget, le planning, les chambres à imaginer. La nature, ce n’était pas notre préoccupation du moment.
Et puis on a commencé à regarder.
Des salamandres sous chaque caillou déplacé. Des hérissons qui traversent le domaine la nuit. Des ragondins le long de l’étang. Un renard avec sa queue en l’air telle une houpe digne du Petit Prince. Et un soir d’été, deux chevreuils au bord du marais.
Les batraciens sont partout, en quantité et en variété. Et c’est en partie grâce à eux — avec les chauves-souris, les hirondelles et les libellules — que malgré l’eau présente partout, il n’y a pas un seul moustique sur le domaine. Un équilibre qu’on n’a pas créé. Qu’on essaie juste de ne pas abîmer— et qui nourrit profondément ce qu’on propose ici.
Les oiseaux
Il y a les classiques — moineaux, mésanges, tous les petits oiseaux de campagne. Il y a une chouette effraie qui vit dans l’un de nos bâtiments pas encore restauré. On ne la dérange pas. Elle non plus.
Il y a les chauves-souris, nombreuses, discrètes, essentielles.
Et puis il y a l’étang. Trente-cinq canards à demeure. Un héron cendré qui est là presque toute l’année — on l’a surnommé Gandalf le gris, car il partage les lieux avec une aigrette blanche qui revient chaque saison — Gandalf le blanc. Des cormorans qui viennent se servir dans les poissons. Un martin-pêcheur qui passe de temps en temps, comme pour vérifier que tout va bien.
On a interdit la pêche dans l’étang. Pas pour des raisons administratives — parce que les poissons nourrissent tout ce monde, et que ce n’était pas à nous de décider autrement.


Les hirondelles de l’atelier
L’année dernière, un couple d’hirondelles a choisi mon atelier de bricolage pour construire son nid. On les a laissées faire, en laissant les portes ouvertes en permanence pour leur permettre de faire leurs allers-retours. On a suivi la ponte, l’éclosion, les petits qui grandissaient. Tous les jours on allait voir. C’était une de ces choses simples qui prennent beaucoup de place sans qu’on sache exactement pourquoi.
Il est encore un peu tôt pour savoir si elles reviendront cette année, mais je guette leur retour.
La LPO — et ce que ça veut dire
Céline y pensait depuis un moment. Le statut de refuge LPO, c’est un engagement moral — pas juridique — par lequel on s’engage à protéger la faune et la flore sur le domaine, à appliquer les gestes favorables à la biodiversité, à exclure la chasse et la pêche. Une charte, un panneau, et une conviction.
Le panneau est là, devant la cuisine. Les hôtes le voient en venant prendre le petit-déjeuner. La LPO est venue formaliser quelque chose qui existait déjà. On ne gère pas un écosystème — on essaie de prendre soin d’un endroit qui se débrouillait très bien sans nous.
Les hôtes croisent toute cette faune à leur rythme. Certains reviennent du bord de l’étang avec des étoiles dans les yeux et c’est super. La nature ne se visite pas — elle se rencontre.


